Vendredi 02 Octobre à 18h, dans la superbe salle, comble en l’occurrence, du conseil municipal, qui fait aussi office de salle des mariages, de la Mairie de Lyon 7, s’est tenu le colloque réunissant Maître Cognard et le Professeur Bride, venus traiter de L’éthique pacifique des arts martiaux japonais.

Ce colloque fut le fruit d’un partenariat entre l’Académie Autonome d’Aikido Kobayashi Hirokazu, du Bureau consulaire du Japon à Lyon, de la Mairie de Lyon 7, de l’association Aikido et Philosophie et de l’Académie Régionale d’Aikido du Lyonnais : scellant cette alliance, Messieurs Iwata et Tsuzuki, Consul et Vice-consul du Japon, Madame Nishikawa, Responsable des affaires culturelles du Bureau consulaire, Messieurs Bouklila et Le Saux, Adjoints à la Maire de Lyon 7, Monsieur Huet, Président de l’Académie Autonome d’Aikido, ont bien voulu honorer cet évènement de leur présence et nous les en remercions, comme nous remercions de leur attention, Madame Dubot, Maire de Lyon 7, et Monsieur Pastor, Délégué général à la sécurité de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, tous deux contraints et excusés.
Après avoir analysé les paradoxes constitutifs du titre choisi – comment la martialité, qui défait le monde, pourrait-elle être un art, censé faire monde ? N’est-il pas contradictoire d’assigner à un art martial, visant à dominer et soumettre, la finalité de réaliser la paix, mieux, une paix juste, individuelle comme collective ? Comment des arts martiaux, fussent-ils pacifiques, pourraient-ils avoir une dimension universelle, s’ils sont « japonais », c’est-à-dire ancrés dans une culture particulière ? -, le Professeur Bride et Maître Cognard ont évoqué leur entrée dans le monde des arts martiaux et leur première expérience du Japon, avant d’examiner, en un bref historique, la transformation du Bushido en Budo, notamment la transformation du Jutsu en Do au début du XX° siècle (passage du ju-jutsu au judo, de l’aiki-justu à l’aikido, du ken-jutsu au kendo, naissance du karatedo, etc).
Puis, ils ont étudié, devant un public fourni et attentif, la nature, le sens et la valeur du Budo. Dans le prolongement de l’enseignement des fondateurs du judo, Jigoro Kano, du karatedo, Gichin Funakoshi, de l’aikido Morihei Ueshiba, ils ont montré combien le Budo se distingue du sport, lequel reste inséparable de la compétition, du divertissement et du spectacle, et comprend des dimensions éducative, éthique et spirituelle essentielles.
L’étiquette de l’École d’Ogasawara, le rôle de Bodhidharma et de Takuan Soho, l’influence du Taoïsme et du Shintoïsme, les notions de Shin-Gi-Tai et de Sho-Chiku-Bai, etc, ont alors été mis en relief.
Une insistance particulière a été portée sur les vertus éthiques et pacificatrices de l’éducation du corps-esprit, notamment sur le « gaman », l’apprentissage de la persévérance face à l’adversité, et sur le respect, compris comme reconnaissance de la légitimité absolue de la subjectivité de tout autre. Désamorcer la violence n’est possible qu’à condition de se livrer patiemment et durablement à un travail technique et spirituel exigeant.

Enfin, il fut question de la richesse et des difficultés de l’interculturalité. Marier des cultures est, en droit, une opportunité de progrès, mais n’a, en fait, rien de simple. L’acculturation du Budo en Occident est toujours menacée d’édulcoration, voire de dénaturation, par une sportivisation impensée ou par un exotisme orientaliste superficiel.
Malgré tout, l’esprit des arts martiaux peut passer par la pratique et le corps à corps, pourvu que soient mis en œuvre et respectés des rituels rigoureux, qui ne soient pas des formalités vidées de leur sens éthique. À cette condition, la rencontre de l’autre, notamment à travers une pratique artistique et martiale traditionnelle, est toujours, pacifiante, enrichissante et stimulante. Aikido et Karatedo – la voie de l’harmonie et la voie de la main vide – bien enseignés, en sont la preuve.

Ce colloque s’est conclu joyeusement par un pot de l’amitié, où tous ont pu goûter et marier de délicieux saké offerts par le Bureau consulaire du Japon à Lyon, et d’excellents fromages du cru, proposés par Maître Cognard.
Denis Guillec

